Espérer le meilleur, vous préparer au pire

The Walking Dead

Une BD culte, devenue une série culte qui nous décrit un monde post effondrement… Les zombies ne sont ici qu’une métaphore des peurs, des monstruosités et de l’avidité qui rongent notre humanité ; car, ne sommes nous pas déjà devenus les zombies de la Terre ?

Présentation de la série :

The Walking Dead est une série télévisée d’horreur et dramatique américaine, adaptée par Frank Darabont et Robert Kirkman, créateur de la bande dessinée du même nom, diffusée depuis le 31 octobre 2010 sur AMC1.

En France, la série est diffusée depuis le 20 mars 2011 sur OCS Choc2, en Belgique et au Luxembourg, depuis le 4 avril 2011 sur Be Séries3, en Suisse, depuis le 2 décembre 2012 sur RTS Un4 et au Québec, depuis le 29 avril 2019 sur AddikTV5. À l’international, la série est diffusée sur Fox Networks Group6.

Une grande partie de la série a lieu dans la région métropolitaine d’Atlanta et dans la campagne environnante. Le tournage de la série se dirige ensuite vers d’autres zones comme Alexandria en Virginie.

Résumé commenté :

La série est une série à connaître plus pour l’analyse psychologique qu’elle permet que pour ses effets spéciaux.

En effet, l’invasion zombie n’est qu’un prétexte pour créer l’urgence et les ressorts dramatiques nécessaires à la fiction qui suit Rick Grimes le caractère principal puis le groupe qu’il constitue.

Une série avant tout psychologique…

Rick est le shérif adjoint d’une petite ville de Géorgie, est blessé en service. Lorsqu’il se réveille de son coma, la ville est déserte, dévastée par les zombies. Il n’a dès lors plus qu’une obsession : retrouver sa femme et son fils. Ainsi commence le pilote de The Walking Dead, après la catastrophe, lorsqu’il n’y a plus rien à faire et que tout est déjà fini. La série d’AMC appartient de façon radicale au genre du postapocalyptique. Elle plonge ses personnages dans un monde de l’après, sans aucun espoir, puisque le pire est déjà advenu et que la seule issue possible est la mort. Elle se construit donc comme un récit de survie, où chaque épisode est un instant de plus arraché à la mort, presqu’à l’image des contes de Shéhérazade.

Une série qui nous met face à nos propres pertes…

The Walking Dead est un série sur la survie, et une série sur la perte. La perte d’un monde et de son organisation globale, la perte de l’humanité en nous, la perte de l’espoir quand l’horizon est de plus en plus noir.

Comment rester bienveillant quand la nourriture manque, quand l’eau manque, quand les munitions manquent et quand ce que vous donnerez à une famille ou à un groupe manquera très vite au vôtre.

Il y a ceux qui s’effondrent quand ils perdent un être cher comme un enfant, et ceux qui s’endurcissent… Et il est difficile de les distinguer avant.

Comme trouve-t-on la force de continuer quand épisode après épisode les personnages que nous aimons meurent ? C’est ce que se demandent les héros et ce que se demandent aussi le spectateur… Comme une mise en abime dans une série qui est elle-même une longue et addictive chute dans l’abîme…

The Walking dead est une oeuvre sombre et magistrale qui nous fait aujourd’hui éprouver les questions que nous pourrions être obligés de nous poser demain…

La série est disponible sur des plateformes comme Netflix…

Si vous souhaitez l’acheter voici un lien pour vous la faire livrer chez vous :

Une analyse psychlogique de Rich Grimes

Un sur la route sans espoir :

RIEN DE STABLE ne peut être bâti dans un monde sans avenir. A la progression du récit se substitue donc le motif sériel de la répétition / variation : une succession de tentatives toutes vouées à l’échec.

The Walking Dead est un road movie sans but où le voyage n’avance pas, où l’on tourne en rond, explorant inlassablement le même espace. La narration, souvent complexe et décontextualisée, offre peu d’indices sur le lieu et parfois même sur le moment où se situe chaque scène.

Les personnages ont beau marcher, encore et toujours, ils n’avancent finalement que très peu, revenant ainsi à Atlanta en saison 5, là où se déroulait la première saison.

Le zombie, le monstre tapi en chacun de nous…

LE ZOMBIE, LUI, bouge alors même qu’il est mort, et marche sans que rien ne puisse l’arrêter.

On ne parle d’ailleurs jamais de zombie dans la série, mais bien de « walker », c’est-à-dire de marcheur.

La seule chose qui modifie l’avancée du zombie est le bruit ou la présence de chair fraîche. Et même alors, il n’y a pas d’arrêt mais simplement une redirection de l’énergie. C’est bien ce qui est terrifiant, cette dimension implacable et inhumaine : aucune remise en question, aucun doute, une avancée certaine car guidée par l’instinct le plus basique, la faim.

Face à cette avancée inexorable, pour le groupe de Rick, il ne reste qu’à fuir ou à éviter. Avancer à son tour, non vers un but mais pour s’éloigner d’un obstacle. Une marche négative en quelque sorte.

Le walker est-il l’avenir de l’homme ?

Hors des représentations auxquelles nous ont habitué les films de George Romero, où le zombie représente volontiers l’homme contemporain rongé par la société de consommation, celui de The Walking Dead est plutôt l’inhumain.

Il est la partie d’une masse instinctive, sans volonté, qui arrive au bout des obstacles par la force du nombre, sans se soucier des pertes en chemin. D’où le motif de la horde qui traverse le paysage, non pour explorer ou même détruire, mais simplement pour passer.

Partant, le seul enjeu pour les humains est de préserver aussi longtemps que possible leur humanité. Puisque tout le monde est contaminé, la seule alternative au fait de mourir en humain est de mourir… en zombie. C’est pourquoi la mort des personnages principaux n’est pas, contrairement à ce qui se passe dans d’autres séries, un effet. Elle est une nécessité inévitable et structurelle du récit.

Ne jamais s’arrêter…

DANS CE CONTEXTE, The Walking Dead propose avant tout une réflexion sur le collectif et la possibilité même de construire une société dans une situation extrême.

La question est un chemin sans cesse renouvelé où l’on n’arrive jamais à un point d’arrivée qui serait une réponse définitive. Les points de vue s’opposent, les débats se succèdent, les opinions changent et rien ne demeure.

Pas de progression linéaire, puisqu’une réponse ancienne peut ressurgir plus tard, puisque les personnages piétinent parfois et même s’enfoncent dans la boue de l’horreur qui les entoure.

La série explore successivement des modes d’organisation sociale très différents. Aucun n’est définitif car un élément externe ou interne vient toujours à bout de la structure. Tout n’est donc qu’une suite de tables rases et de retours à zéro.

De la cité idéale à la cité abominable…

Ainsi, si la première saison met en place un système de camp de réfugiés, reproduisant une société archaïque et patriarcale repliée sur les valeurs du monde d’avant, où les femmes font la lessive et où les policiers dirigent les opérations, la seconde explore un modèle familial et religieux autour du patriarche.

A partir de la saison 3, et l’ellipse de l’hiver passé sur la route, le monde d’avant est trop loin pour pouvoir encore s’y référer totalement. La seule compétence qui compte est désormais celle de la survie et les hiérarchies se reconstruisent sur ce critère.

Les femmes retrouvent une place considérable, à l’égal des hommes, et des modèles de communauté plus complexes sont explorés, de la démocratie à la dictature.

Un jeu de société sanglant…

Chaque groupe rencontré sur la route montre ses limites. Plus les saisons avancent, plus les micro-sociétés de survivants sont perverties.

Chaque saison est l’occasion de reposer les mêmes problèmes moraux, mais en d’autres termes, dans le contexte d’une situation qui a toujours empiré.

The Walking Dead est une série où l’on parle beaucoup, où l’on délibère, on négocie, on argumente, on tente de convaincre ; et le mouvement de l’intrigue vient souvent de ce dialogue.

La série est avant tout une étude de personnages et plonge dans un questionnement d’ordre philosophique tout autant que social et politique.

Les zombies n’y sont que le rappel permanent de la mort omniprésente et de la fin

Les zombies n’y sont que le rappel permanent de la mort omniprésente et de la fin. Or l’hésitation constante, l’absence de réponse définitive est in fine ce qui fait l’humanité des personnages.

Interroger constamment son univers, vivre dans l’instabilité du questionnement, accepter d’arrêter de marcher aveuglément pour se demander où l’on veut aller, quand bien même on ne trouve pas de réponse, c’est bien là ce qui sépare l’humain du zombie.

Dans cette fuite perpétuelle, l’enjeu est donc de conserver cette incertitude, de rester humain aussi longtemps qu’on le pourra.

En résumé, The Walking Dead est une série à étudier comme un manuel de survie psychologique, même si les erreurs tactiques, elles, sont récurrentes et souvent incompréhensibles : les personnages préfèrent les armes blanches aux fusils de chasse ou aux fusils militaires qu’ils trouvent par centaines depuis la saison 1 ; Ils roulent dans des épaves, voire des mobile home alors que les SUV tout terrain ou militaires sont disponibles sur les autoroutes ; ils hésitent à tuer de vrais psychopathes, mais confient des missions suicides à des gentils sans défense… Bizarre.

Une série riche à étudier comme un manuel de survie psychologique, même si les erreurs tactiques, elles, sont récurrentes et souvent incompréhensibles…

Lisez l’excellent article de Claire Cornillon :

© Franck Sallaberry pour L’Académie de Collapsologie.

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