Espérer le meilleur, vous préparer au pire

Pablo SERVIGNE

© Photo : Marie Astier pour Reporterre

Pablo Servigne, né en 1978 à Versailles, est un auteur et conférencier français. Ingénieur agronome, docteur en biologie de formation, il est aujourd’hui chercheur indépendant. Spécialiste des questions d’effondrement, de transition, d’agro-écologie et des mécanismes de l’entraide, il a notamment écrit Nourrir l’Europe en temps de crise (Nature & Progrès, 2014) et Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes (Seuil, 2015).

Il est à l’origine, avec Raphaël Stevens, du terme de « collapsologie », inspiré du livre Collapse de Jared Diamond, ce domaine de recherche interdisciplinaire qui étudie l’effondrement global de notre civilisation industrielle et qui essaie d’imaginer de façon rationnelle ce qui pourrait lui succéder.

Nous apprécions son approche.

Car Pablo Servigne est à notre sens le meilleur ambassadeur de sa génération dans le domaine. Son approche est très documentée sur le plan scientifique, notamment sur les conséquences actualisées des travaux du rapport Meadows de 1972 pour le Club de Rome et de l’ouvrage Les limites de le croissance dans un monde fini.

Critiqué par ses détracteurs pour son côté « bobo » et sa façon de nous annoncer la fin du monde avec le sourire, ce qui a tendance, selon eux, à discréditer tout son travail, il n’en reste pas moins LE lanceur d’alerte sur le sujet et L’Auteur, avec Raphaël Stevens, DU best-seller dans la discipline : Comment tout peut s’effondrer.

Son discours est impliquant, sans violence ; il plaît aux parents responsables comme aux jeunes ce qui est très important pour l’avenir. Il est d’une grande humilité intellectuelle, il pratique le doute constructif. Les faits qu’il avance sont scientifiquement avérés et nous espérons que la prise de conscience dont il est un des acteurs majeurs évitera la catastrophe qui s’annonce.

Nous vous conseillons de lire cet ouvrage éclairant, remarquable et complet sur le sujet, co-écrit avec Raphaël Stevens, afin de vous faire votre avis :

Ce que nous apprécions chez lui : 

L’approche de notre académie est à la fois moins pessimiste et plus grave que celle de Pablo Servigne.

En effet, nous ne sommes pas sûrs que le modèle mathématique du rapport Meadows des années 70, même réactualisé, soit totalement fiable, prédictif et inéluctable.

D’abord car le modèle mathématique est controversé sur le plan des mathématiques justement. Ensuite, car le modèle ne tient pas compte des boucles de rétro-actions émotionnelles et sociétales dynamiques : par exemple, des effets des actions conjuguées des lanceurs d’alerte comme Pablo Servigne, Greta Thunberg ou le GIEC auprès du grand public. Même si la prise de conscience est lente, elle est bien là. Regardez le nombre d’émissions consacrées au climat et à l’écologie juste sur Radio France depuis la rentrée 2019… Bravo à eux ! Regardez le nombre d’ouvrages et de séries ciné ou TV qui sortent sur le sujet… Et ce n’est qu’un début !

Par ailleurs, personne n’a envie de voir ses enfants ou ses petits-enfants mourir de soif, de faim ou de bien pire. C’est pourquoi tout le monde commence à réfléchir dans son coin, à chercher des solutions, de nouveaux leaders politiques, de nouveaux modèles sociétaux, des repères culturels… Nous voyons tous que la forêt amazonienne brûle et que 800 départs de feu par jour, c’est pour le moins suspect… Monsieur Jair Bolsonaro !

La sagesse de l’urgence

C’est pourquoi nous pensons comme lui qu’il y a urgence à changer de modèle et que cela ne se fera pas sans casse, c’est d’ailleurs déjà le cas sur le plan naturel, et sur le plan humain dans les pays les moins favorisés : vous savez, les migrants…

Selon nous, l’état du monde est la résultante de 7 milliards de volontés qui sont, pour le moment, conditionnées pas moins de 1 % de l’humanité qui détient les rouages du pouvoir, de l’argent et de l’influence. Nous n’en sommes pas pour autant anarchistes, hippies ou révolutionnaires ; nous faisons appel à la conscience, à l’intelligence et à la bonne volonté de chacun pour espérer le meilleur et nous préparer au pire.

Les populations ne veulent pas bouleverser le sytème, mais corriger le système.

De fait, les populations des pays développés ne veulent pas changer de système et retourner à la vie primitive ; elles veulent corriger le système pour qu’il soit durable : pas de voitures autonomes, mais des voitures propres ; ne pas culpabiliser les fumeurs, mais obliger l’industrie du tabac à utiliser des filtres à cigarettes écologiques qui ne pollueront plus 500 litres d’eau, par exemple (compte tenu de leurs budgets de publicité, ils devraient en avoir les moyens) ; plus jamais d’écrans d’ordinateur ayant besoin de 10 000 litres d’eau pour leur fabrication unitaire, ou alors un recyclage permanent de cet eau ;

Plus de nourriture industrielle empoisonnée, de bouteilles en plastique contaminant l’eau minérale dont on nous assure la pureté mais au contraire plus d’eau publique de qualité, de maraîchage citadin et de circuits courts ; moins de produits comme le Coca-Cola qui fait du diabète précoce ou le Nutella qui fait de l’obésité infantile mais, à l’inverse, des produits bio aussi bons qui existent déjà ou qui restent à inventer…

Bref, moins d’écologie punitive, mais plus d’innovation intelligente, d’économie bleue ou d’organisation verte… Nettoyer et revivifier la planète donnerait du travail à deux générations d’êtres humains si on le voulait, c’est-à-dire si l’on votait pour des leaders qui le voudraient…

Un lanceur d’alerte sincère et intègre…

Nous reconnaissons à Pablo Servigne de remarquables qualités humaines.

Il est d’une grande humilité et, quoiqu’en disent ceux qui ne l’aiment pas, d’une grande rigueur intellectuelle. D’ailleurs, dans les nombreux interviews qu’il donne, il ne cache pas qu’il n’a pas les solutions pour l’après, ni pour remplacer les énergies fossiles et leur incroyable puissance énergétique.

Comme il le rappelle, 40 litres de pétrole représentent en joules 4 années de travail d’un être humain moyen… Et comme nous consommons actuellement 100 millions de barils de pétrole par jour pour maintenir le confort de notre civilisation industrielle, cela laisse présager qu’il va falloir revoir rapidement notre modèle d’avenir.

Sous ses airs décontractés, c’est un bosseur et un prospectiviste lucide.

Comme tous les pères de famille, Pablo Servigne se pose la question de l’après, et, faute de solution miracle, il défend un modèle basé sur l’entraide. En effet, comme il le rappelle, à l’inverse de ce que disent ceux qui ont mal interprété Charles Darwin, ce sont les espèces les plus agiles et les plus coopérantes qui survivent aux grands bouleversements ; le grand prédateur, lui, finit par se retrouver seul, et par tomber sur un groupe d’alliés plus faibles individuellement, mais collectivement plus forts que lui…

Reste donc l’après-effondrement qu’il évoque dans Une autre fin du monde est possible, avec ses co-auteurs Raphaël Stevens et Gauthier Chappelle.

Comme le souligne la quatrième de couverture de l’ouvrage : « L’horizon se trouve désormais au-delà : imaginer la suite, tout en se préparant à vivre des années de désorganisation et d’incertitude. En toute honnêteté, qui est prêt à cela ? »

Il annonce l’effondrement à partir de 2020… Certains se moquent de lui… Pourtant, selon nous, il a déjà commencé pour la faune et la flore mondiales. Si l’on va plus loin, la crise de 2008… C’était l’annonce de quoi, selon vous ?

Est-il possible de se remettre d’un déluge de mauvaises nouvelles ? Peut-on simplement se contenter de vouloir survivre ? Comment se projeter au-delà, voir plus grand, et trouver des manières de vivre ces effondrements ?

Dans ce deuxième opus, après Comment tout peut s’effondrer, les auteurs montrent qu’un changement de cap ouvrant sur de nouveaux horizons passe nécessairement par un cheminement intérieur et par une remise en question radicale de notre vision du monde. Par-delà optimisme et pessimisme, ce sentier non balisé part de la collapsologie et mène à ce que nous pourrions appeler à l’académie : la collapsosophie

Ainsi, après le terme de Collapsologie et de collapsologiste, pourrait apparaître celui de Collapsosophie ; et avec lui l’espoir d’une philosophie qui nous rende plus humains et, faute de pouvoir éviter les catastrophes qui approchent, nous permette de limiter leur caractère définitif pour notre espèce comme pour notre humanisme.

Ceci en espérant, bien sûr, que les survivants puissent en sortir moins égoïstes et plus sages, afin de reconstruire la civilisation d’après, celle qui ne portera pas dans ses gènes sociaux, technologiques et économiques la fin vers laquelle nous précipitent déjà les excès de la civilisation du tout pétrole après un règne d’à peine soixante-dix ans…

Toutefois, si nous avons aimé le premier opus, nous regrettons un peu les dérives presque mystiques du second ouvrage Une autre fin est possible… Qui semble parfois presque espérer la catastrophe pour pouvoir reconstituer une société nouvelle basée sur un nouvel humanisme… Ceci nous fait penser à MALEVIL, ce film précurseur des années 1980 qui montre comment le mal se fait souvent au nom du bien.

Notre école de pensée et notre académie ne croit pas aux vertus mêmes symboliques du sacrifice de masse, mais reconnait à Pablo Servigne et à Raphaël Stevens d’être à l’origine d’une nouvelle discipline et d’un mouvement profond qui va agiter notre siècle…

Pablo Servigne a un dimension christique. Il est devenu, malgré lui et pour les médias, une sorte de prophète de la collapsologie : un évangéliste de l’effondrement bobo qui en agace plus d’un. Cela n’en rend pas moins ses observations bien réelles selon les prévisions du GIEC et le rapport Meadows… N’oublions pas que la figure de Jésus qui venait pourtant prêcher l’amour, a été crucifié… Comment penser, dès lors, qu’il puisse en être autrement quand Pablo Servigne vient annoncer la fin d’un monde avec le sourire ?

© Collapsologie Académie

Pablo Servigne sur France Culture...

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